Retour de terrain

L'IA en entreprise, dans la vraie vie.
Retour sur la table ronde du MEDEF Gironde et du SYRPIN.

Le 16 juin 2026, le MEDEF Gironde et le SYRPIN réunissaient des dirigeants à KEDGE Business School, à Bordeaux, pour la matinée « L'IA au cœur du travail de demain ». Adhérent des deux organisations, j'y suis intervenu lors de la table ronde, pour le compte du MEDEF Gironde et en représentant également le SYRPIN. Mon parti pris : parler de l'IA telle qu'elle se vit vraiment dans les entreprises, pas de manière théorique.

Par Julien Gauriat, fondateur de Net-Progress

· 7 min de lecture

Organisateurs

Table ronde sur scène : six personnes assises devant un écran affichant le titre de la table ronde et la liste des intervenants, dont Julien Gauriat, fondateur de Net Progress.
La table ronde consacrée au déploiement des outils d'IA et à leurs effets sur l'organisation du travail, le 16 juin 2026 à KEDGE Business School.

Une matinée pour regarder l'IA en face

La matinée était portée par Tiphaine Bichot, présidente de la commission Économie numérique du MEDEF Gironde, et Manon Dasquet, coprésidente du SYRPIN, le syndicat régional des professionnels de l'informatique et du numérique. Après l'introduction de Jean-Luc Faye, directeur des partenariats corporate et du campus de Bordeaux de KEDGE Business School, trois interventions ont posé le cadre :

Prise de parole en ouverture de la matinée, devant une diapositive d'introduction présentant les intervenants.
Ouverture de la matinée « L'IA au cœur du travail de demain ».
  • Benoît Leblanc, directeur de l'École nationale supérieure de cognitique (ENSC), sur les liens entre l'IA et la cognitique, et la manière de rapprocher l'humain et la machine ;
  • Olivier Dupouët, enseignant-chercheur en systèmes d'information à KEDGE Business School, sur les dispositifs d'IA de confiance et l'équilibre à trouver entre l'IA et les collaborateurs ;
  • Pierre-Etienne Legoux, Head of Artificial Intelligence chez Thales, sur les enjeux et les opportunités d'une intégration progressive de l'IA dans les entreprises.

Trois regards complémentaires, l'humain, la confiance et le déploiement, qui ont préparé le terrain de la table ronde : passer des enjeux à ce qui change, concrètement, dans l'organisation du travail.

La table ronde : du déploiement des outils à l'organisation du travail

La table ronde portait sur le déploiement des outils d'IA, leurs effets sur l'organisation du travail et les solutions pour les accompagner. Autour de la table, cinq intervenants aux parcours différents :

  • Julien Rivière, dirigeant et associé de KaOra Partners ;
  • Christophe Maillet, président et fondateur d'ADACIS ;
  • Sébastien Mathivet, directeur du pôle Expertise & Innovation de Cap Sciences ;
  • Sophie Chaudron, chargée de mission à l'Aract Nouvelle-Aquitaine ;
  • et moi-même, pour Net-Progress.

Devant une salle de dirigeants, nous avons parlé de ce qui se passe réellement quand une entreprise déploie l'IA : la productivité attendue et celle obtenue, l'accompagnement des équipes, le changement et les réticences qu'il suscite, la place de l'éducation et de la formation.

Le compte rendu publié par le MEDEF Gironde (nouvel onglet) retient notamment deux enseignements : la curiosité devient une compétence recherchée au recrutement, au même titre que les autres savoir-être, et la maîtrise de l'IA devient un véritable atout sur un CV.

Ce que je retiens, vu du terrain

Voici ce que je retiens de ces échanges, et que je retrouve dans les entreprises que nous accompagnons, en PME comme en ETI.

Productivité : partir des tâches, pas de l'outil

Beaucoup d'entreprises abordent le sujet par l'outil : lequel choisir, lequel déployer ? C'est rarement la bonne porte d'entrée. Les gains les plus nets viennent de tâches que tout le monde connaît : trier des demandes, contrôler des pièces, extraire des informations d'un document, synthétiser un échange, relancer un client ou un fournisseur.

C'est aussi ce que recherchent la plupart des entreprises qui ont franchi le pas : selon l'INSEE, 73 % de celles qui utilisent l'IA le font pour optimiser leurs coûts, par des gains de temps et l'automatisation de tâches répétitives. C'est pourquoi nous partons toujours du métier et des outils existants, jamais d'une solution à placer.

Accompagnement : un livrable concret à chaque étape

Quand un projet d'IA déçoit, la technique est rarement seule en cause. Le plus souvent, le périmètre était trop large, le calendrier trop serré, et les personnes qui font le travail n'ont pas été associées.

La méthode qui fonctionne tient en quelques principes : un périmètre court, testé avec les équipes concernées, mesuré, puis étendu lot par lot. Pas d'usine à gaz : des automatisations reliées aux outils existants, et un livrable concret à chaque étape, pour que chacun voie ce qui change.

Changement et réticences : écouter avant de déployer

Les réticences ne sont pas un obstacle à contourner. Elles disent où se trouvent les vrais risques : la confidentialité des données, la fiabilité des résultats, l'inquiétude pour son poste ou pour le sens de son travail. Les entreprises les partagent d'ailleurs : parmi celles qui utilisent déjà l'IA, 43 % déclarent des inquiétudes sur la protection des données.

J'ai été responsable des ressources humaines pendant près de six ans : les processus RH et les inquiétudes que fait naître un changement, je les connais de l'intérieur. Ce qui fonctionne, c'est de construire les nouveaux usages avec les équipes plutôt que de les leur imposer, et de poser quelques règles simples : quelles données peuvent être utilisées, avec quels outils, et un principe clair, l'IA propose et l'humain valide.

Éducation : former sur ses propres tâches, dans la durée

Le manque d'expertise pèse lourd : 54 % des entreprises qui n'utilisent pas l'IA le citent parmi leurs raisons, et plus de la moitié de celles qui l'utilisent déjà (53 %) disent être freinées par ce même manque. Une démonstration d'outil ne suffit pas à le combler.

Ce qui change les pratiques, c'est de travailler sur ses propres tâches, en plusieurs sessions espacées, avec le temps d'essayer entre deux. C'est le principe de nos formations IA : trois sessions espacées sur environ six semaines, et entre chaque session, chacun applique ce qu'il a vu à ses vraies tâches, quel que soit son service. La curiosité, que le MEDEF Gironde range parmi les compétences désormais recherchées, se cultive de la même façon : par la pratique.

Ce que disent les chiffres

18 %

des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient l'IA en 2025, contre 6 % en 2023.

58 %

des entreprises de 250 salariés ou plus l'utilisent, contre 15 % de celles de 10 à 49 salariés.

71 %

des entreprises qui n'utilisent pas l'IA disent ne pas en voir l'utilité.

Source : INSEE Première n° 2120, juillet 2026 (nouvel onglet). Entreprises de 10 salariés ou plus des secteurs principalement marchands.

Ces chiffres éclairent bien les échanges de la matinée. Le taux d'usage a triplé en deux ans, mais l'écart reste fort selon la taille de l'entreprise, et une large majorité des non-utilisatrices ne voit pas encore ce que l'IA pourrait leur apporter. C'est précisément là que le travail sur des tâches concrètes fait la différence. Autre signal : parmi les usages déclarés, c'est l'organisation des processus administratifs qui progresse le plus en 2025. Les fonctions support, où se concentrent les tâches répétitives, sont en première ligne.

Un point mérite l'attention des dirigeants : l'enquête mesure l'usage organisé par l'entreprise, pas l'usage ponctuel que les salariés peuvent faire de l'IA à titre individuel. Autrement dit, l'IA est peut-être déjà présente dans vos équipes sans que l'entreprise l'ait organisée, avec les questions de données et de qualité que cela pose.

Les pouvoirs publics accélèrent aussi. Le 22 septembre 2026, le gouvernement a lancé Impulsion IA 2027 (nouvel onglet) : 80 millions d'euros et douze mesures pour sensibiliser, former ou accompagner plus de 30 millions de personnes d'ici 2027. Le plan prévoit notamment que les équipes de France Travail aillent à la rencontre des TPE et des PME pour les sensibiliser et repérer avec elles des cas d'usage. Pour les entreprises, la question n'est donc plus de savoir s'il faut s'y mettre, mais comment s'y mettre sans se disperser.

Par où commencer : cinq questions à se poser dès lundi

Pas besoin d'un grand plan pour démarrer. Cinq questions suffisent pour y voir plus clair :

  1. Quelle tâche répétitive coûte le plus de temps à l'équipe chaque semaine ?
  2. Qui utilise déjà l'IA de son côté, avec quels outils et quelles données ?
  3. Quelles données ne doivent jamais sortir de l'entreprise (clients, RH, finances) ?
  4. Comment mesurer le gain (temps, délai, qualité) avant de généraliser ?
  5. Qui porte le sujet en interne, et avec quel temps dédié ?

Si vous voulez y répondre à plusieurs, c'est l'objet d'un premier échange de 30 minutes : on cadre votre contexte et on repère ensemble le ou les process où l'IA peut le plus vous aider. Pour aller plus loin, notre audit d'opportunités IA priorise et chiffre les cas d'usage, pour décider en confiance.

Merci

Merci à Caroline Chesne et au pôle Adhérents du MEDEF Gironde pour l'invitation, au SYRPIN, à KEDGE Business School pour son accueil, aux intervenants de la matinée et à mes voisins de table ronde, et à toutes celles et ceux qui étaient dans la salle.

Sources

Et chez vous, par où commencer ?

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